
Réjean, un employé du CN à la retraite, fabrique des agrès de pêche dans son atelier. Photo © Marc-André Pauzé/αR - Tous droits réservés.
Par Marc-André Pauzé – Un village forestier en péril (projet en cours)
Surplombant la ligne du chemin de fer, la maison de Louise-Anne et Réjean domine le village sur une colline entourée de la forêt. Une fois en haut, on a que très peu d’indices nous indiquant qu’on est en plein centre du village de Parent dans la Haute-Mauricie.
“Je suis née dans une maison juste ici à côté, dans la forêt. Et à 1 an nous sommes emménagés dans cette maison, il y a maintenant 60 ans, de dire Louise-Anne.”
À peine sommes-nous arrivés, elle nous fait visiter son jardin. Son compagnon de vie, Réjean, nous rejoint.
“Lui c’est mon patenteux. Il a toujours quelques choses à construire, ou à inventer dit-elle de son conjoint avec, encore, une lumière dans les yeux.”
Celui-ci nous emmène dans son hangar et nous raconte comment, l’été dernier, il a dû tuer un ours qui l’avait surpris en train de réparer son quad. Puis il nous ouvre la porte de son atelier où il fabrique des agrès de pêche pendant les longues soirées d’hiver.

Fouillant sur son établi, il nous prépare ses leurres préférés. Photo © Marc-André Pauzé/αR - Tous droits réservés
Cet ancien employé du CN, à la retraite, a passé sa vie en forêt, à côtoyer les familles Attikamewks de la région. C’est avec passion qu’il nous présente ses inventions et ses instruments de pêche. Son établi, sans dessus dessous, est rempli de plombs, de leurres, d’hameçons et d’outils. Il vient de terminer des présentoirs fabriqués avec des tranches de bouleaux et des tuyaux de fer qu’il a amassés un peu partout. Il les distribue dans les commerces entre LaTuque et Clova, afin de vendre ses leurres.
La pêche est un élément important de la vie des habitants de Parent. Dans chaque conversation, il y a une référence à cette activité de la forêt.
Sylvie Lachapelle, aubergiste, se fait souvent demander par les touristes, pourquoi elle est ici depuis plus de 25 ans.
“Les gens de la ville travaillent toute l’année pour économiser un peu d’argent et venir à la pêche ici pendant une semaine. Moi je vais à la pêche quand je veux. Voilà une bonne raison, explique-t-elle.”
Cette passion distrait les parentois des préoccupations et inquiétudes entourant la fermeture prochaine de la scierie. Kruger a, en effet annoncé qu’à la fin septembre, la Scierie Parent fermera pour une période indéterminée. Les villageois doivent donc amorcés l’automne dans l’incertitude. Plusieurs familles songent à quitter le village.
“Si nous n’avons plus de tavail en septembre, allons-nous attendre la confirmation d’une fermeture permanente et devoir déménager en pleine saison scolaire, ou bien partir maintenant, de se questionner un travailleur du moulin.”
Malgré tout, tous utilisent leurs moindres temps libres et partent sur un des nombreux lacs de la région.
Ayant trouvé un canot, mon fils et moi planifions aller explorer la rivière. Réjean et Louise-Anne nous fournissent des informations sur les bons «trous» à doré et des trucs de pêche.
“Tiens, prends ces agrès-là , dit-il à Vincent en lui donnant une boîte remplie de ses leurres préférés.”
Nous quittons le couple pour la rivière, alors qu’ils partent de leur côté pour pêcher aussi le reste de la journée. Nous remontons la rivière pendant deux heures, jusqu’au lac Mauzer, situé à plusieurs kilomètres du village. Les vieux réflexes de canoteur reviennent et nous progressons rapidement. Mon fils, qui m’a accompagné souvent dans mes expéditions de canots alors qu’il était enfant, s’initie aux maniements du petit canot.
De temps en temps, nous nous arrêtons pour examiner les abords de la forêt. Après avoir regardé quelques hydravions quitter la base du lac Mauzer avec des pêcheurs voulant se rendre plus loin dans l’arrière-pays, nous rebroussons chemin.

Photo © Marc-André Pauzé/αR - Tous droits réservés

Photo © Marc-André Pauzé/αR - Tous droits réservés
Et la pêche? Heureux de me retrouver dans un canot, de l’effort physique et de l’exécution précise du maniement de la petite embarcation, nous avons fait de l’exploration plutôt que de taquiner les poissons. Quelques fois, Vincent prit de petites pauses.
De retour au village, nous passons devant la maison de Réjean et nous remarquons qu’ils ne sont pas revenus.
“Les bons pêcheurs reviennent plus tard, car ça mord plus en début de soirée, m’avait dit Réjean.”

Quelques fois, Vincent prit de petites pauses. Photo © Marc-André Pauzé/αR - Tous droits réservés